LETTRE OUVERTE A Son Excellence, Madame la Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la République du Mali, concernant des maliens détenus en Côte d’Ivoire.

Paris, France le 30/09/2018
« Toute injustice, où qu’elle se produise, est une menace pour la justice partout ailleurs ». M. Luther King

LETTRE OUVERTE A
Son Excellence, Madame la Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la République du Mali, concernant des maliens détenus en Côte d’Ivoire

 

A titre liminaire, permettez-nous de vous féliciter de vos nouvelles fonctions, de vous souhaiter plein succès dans vos missions, et que votre étoile si heureuse, vous porte à réparer les injustices qui touchent vos compatriotes.
De votre première intervention, à la suite de votre nomination, nous retenons vos mots « d’humilité, de dynamisme et de créativité qui devront être de mise pour relever ces défis ». C’est aussi à la lumière de votre cursus, que nous fondons espoir que cet appel ne restera pas lettre morte. A Partners Global, vous supervisiez, je cite selon la revue l’Essor, « des programmes de réforme du secteur de la sécurité, d’assistance à la société civile et d’accès à la justice à travers toute l’Afrique subsaharienne ». Vous coordonniez et donniez « des orientations stratégiques aux efforts de ses partenaires locaux pour promouvoir un dialogue entre société civile, gouvernements et institutions régionales ». C’est dans le cadre d’accès à la justice et de dialogue avec les institutions précisément, que nous vous interpellons en tant qu’association.
Il s’agit pour nous, de vous alerter de la situation de maliens détenus en prison en Côte d’Ivoire depuis les attentats du grand Bassam le 13 mars 2016. Il est un fait que les attentats de Grand Bassam ont créé, au-delà des morts, un traumatisme dans la société ivoirienne. En effet nombre de Maliens, injustement assimilés à des terroristes, jugés uniquement au faciès, vivent le cauchemar d'arrestations arbitraires, de tracasseries administratives intempestives et de mauvais traitements. Un rapport pays, présenté par la délégation des parlementaires maliens, au parlement la CEDEAO, fait état de : Brimade, Torture et Arrestation arbitraire quotidiens à l’égard des maliens vivants en Côte d’Ivoire.


Cette introduction générale pour vous faire connaître le sort particulier des personnes nous ayant contactés par l’intermédiaire de leurs familles. Nous avons une liste de 10 personnes (même si nous avons l’information qu’elles sont bien plus nombreuses que cela, préférant garder l’anonymat par peur de représailles. Pourtant le silence n’a jamais profité aux victimes), qui ont bien voulu décliner et accepter la publication de leur identité, affirmant être détenues de manière arbitraire sans aucune forme de procédure et de respect de leurs droits. Elles ont été visitées une seule fois par les autorités consulaires maliennes en Côte d’Ivoire et depuis 2016, plus personne ne s’est occupé de leur sort. Ces personnes ont juste eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, comme tant d’autres parmi les centaines de personnes arrêtées.
Alors que vous avez fait vos « lettres » en France, c’est dans l’esprit de Zola que nous souhaitons placer cette sollicitation, sans pourtant porter accusation.
Après des recherches menées de notre côté, nous avons considéré que leurs dires semblent être empreints de vérité et que leur innocence semble plus que probable. Il n’est bien sûr pas dans nos intentions de nous poser en juge, ni même de vous demander de le faire. Il s’agit de s’enquérir si les droits de ces personnes ont été respectées. Nous avons eu bruit de centaines d’arrestations arbitraires, certaines de ces personnes ont été relâchées, bénéficiant de la pression de leurs autorités consulaires, voire de leur communauté d’appartenance. D’autres bruits fraîchement recueillis, font état du fait que plusieurs personnes seront relâchées très prochainement, nous souhaitons votre action afin que ces personnes puissent bénéficier de ce prochain jugement et de cette vague de libération.
Toutefois au-delà de cette appartenance communautaire qui a fait, que nous avons été contactés, nous sollicitons votre attention pour tous les ressortissants maliens détenus, peut-être arbitrairement dans les prisons ivoiriennes suite à cet attentat.
Reprenant vos mots :
De l’humilité, il vous en faudra certainement pour considérer la sollicitation de notre association concernant ces détenus et ne pas la balayer d’un revers de manche.
Du dynamisme aussi, tant le traumatisme de ce meurtrier attentat n’appelle pas à la compassion et à la clairvoyance. L’opinion publique manipulée pour des œuvres de haine, l’exaspération des passions et d’intolérance, s’abritant derrière le monstre terrorisme, ne laissent guère qu’un couloir étroit à une justice impartiale. Oui il vous faudra du dynamisme et certainement de la créativité en renfort pour mener à bien ce combat de justice.
Nous avons fait le tour de vos premiers mots. Il en reste cependant un, celui « d’aînée ». Les ainées africaines prennent toute la mesure de leur responsabilité, sont opiniâtres et ne laissent personne derrière. C’est ainsi que nous sommes éduquées et ce qui fait des aînées des piliers dans les prises de décision.
Voilà pourquoi, avec le consentement des intéressés, nous sollicitons votre attention sur le sort particulier des personnes dont nous mentionnons les noms. Ces personnes ont enduré en silence en se disant que leur innocence si évidente, se suffirait à elle-même. De sérénité confiante, en patience durement éprouvée, les années de détention se sont, hélas, accumulées.


1-Monsieur Cissé Mohamed détenu depuis le 31/03/2016
2-Monsieur Cissé M.D détenu depuis le 31/03/2016
3-Monsieur Aly M.D détenu depuis le 31/03/2016
4-Monsieur Lala Kounta M.D détenu depuis le 31/03/2016
5-Monsieur Diko Moutou détenu depuis le 31/03/2016
6-Monsieur Mohamed Abdallah détenu depuis le 08/04/2016
7-Monsieur ALmahadi Ould Hama 02/09/2016
8-Monsieur Hamza Diko détenu depuis le 02/09/2016
9-Monsieur ABDI Balah détenu depuis le 02/09/2016
10- Diallo Aly détenu depuis le 31/03/2016


C’est dans le silence des autorités qui vous ont précédées que nous avons choisi la forme de la lettre ouverte alors que nous vous écrivons pour la première fois. Nous comptons ainsi, Madame la Ministre, sur votre sens de la justice et de la justesse, de votre indépendance d’esprit face aux pesanteurs d’un tel dossier, et de vos engagements formulés durant toute votre carrière
Nous vous remercions pour votre attention à notre lettre ouverte, et nous nous tenons bien sûr à votre disposition. Veuillez agréer, Madame la Ministre, nos salutations distinguées.


Imouhagh International Organization for the Sake of Justice and Transparency
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Fortuné Sarah, juriste Contact mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


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